En apesanteur


Illusion du réel ou « scandale de la réalité » ? Toute l’originalité de l’œuvre est là. Trompeuse apparence de cette insoutenable légèreté de la sculpture, suspendue ou simplement posée, dont la matière originelle est à l’opposé de ce qu’on imagine. Cette matière pure, élégante, inerte est en méditation tranquille avec l’espace. Au béton allégé répond le papier rigidifié : quel est l’intrus ? Se cache-t-il ou se révèle-t-il ? C’est à l’observateur d’en juger. Car ici, corps et esprit ne font qu’un. La matière brute, qui dans un premier temps la défie, lui résiste, est domptée par la créatrice pour se courber dans des formes sensuelles aux teintes délicates. Feuilles, volutes, rubans se déploient dans un calme apparent où se joue un silencieux concert entre terre et air, grâce et pesanteur et où la force fragile de l’œuvre n’a d’égal que la poésie du rythme qu’elle transpose. 

Azza Chérif